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La Bonne Amie

La Bonne Amie  (La Bonne Amie) posté le mercredi 30 janvier 2008 22:55

            Je rêvais d'être quelqu'un d'exceptionnel, d'être une espèce de héros comme au cinéma, dans les films, ou dans les histoires. Cette personne insignifiante qui, sans rien avoir demandé, devient totalement extraordinaire. Passer de la personne banale à la célébrité qu'on adule, qu'on admire et que l'on envie. Mais tout le monde fait ce rêve.

 

            Malheureusement pour moi... Je n'ai aucun attribut digne des séries américaines : 1mètre 65 pour 68 kilogramme, bon d'accord c'est un poids encore assez normal mais je n'ai tout de même pas un ventre plat et je ne suis particulièrement grande. Je suis brune, ce qui est assez banal dans notre société occidentale, et j'ai les yeux noisettes... pour ne pas dire marron yeux de cochons. J'ai les pommettes trop hautes, les lèvres extrêmement fines, les yeux enfoncés, les sourcils droits qui me donnent un air très autoritaire, et un nez tout aussi droit. Le tout dans une peau cadavérique... Je suis un véritable canon !

            Dire que j'aurais tant voulu être rousse, pouvoir avoir une frange et des couettes, avoir des yeux bleus foncés ou noirs, une peau un peu plus coloré, des lèvres pulpeuses, mais pas trop non plus, et rouges foncées mais j'aurais aimé conserver mo nez, faire 1 mètre 65 pour 50 kilogramme, être le genre de fille qu'on a envie de protéger, petite, simple, à l'air faible. Mais mon genre à moi c'est : petite, bourrine à l'air féroce,... Autant dire que niveau prince charmant c'est... désertique.

 

            Heureusement j'ai tout de même des amis comme Thomas. Quand nous étions enfant, on était dans la même école et je jouais avec sa sœur. Quand on a 6 ans on est parfois bête, on refuse de jouer avec les garçons parce qu'ils nous tirent les cheveux. Et en grandissant ça ne s'arrange pas toujours.

            Au collège, sa sœur et moi avions été séparées, en effet elle est partie vivre avec son père lors du divorce de leur parent et Thomas a préféré rester avec sa mère. Il n'a jamais été très proche de son père, contrairement à sa petite sœur. Il était déjà en 4éme quand j'étais en 6éme et il passait son temps à discuter avec moi, se souciant de ma santé dans le bâtiment, c'est là qu'on a commencé à sympathiser et à devenir plus que le frère et l'amie de sa sœur.

            Au lycée, on était toujours ensemble, il avait redoublé sa seconde alors il n'avait plus qu'une classe d'avance sur moi. C'est là qu'on est réellement devenu des amis, ce qui m'a valu quelque problème. Il était la coqueluche des femelles du lycée. Dans un sens c'est compréhensif, il est mignon, a des airs d'ange... Oh de loin moi aussi j'aurais pu craquer pour lui mais lorsqu'on le connait plus intimement, on déchante vite : plus misogyne, cynique et tête à claques que lui je n'ai jamais connu. Mais malgré ses défauts il est devenu mon meilleur ami... ou grâce à ses défauts, je ne sais plus. Lui et moi, nous étions un duo d'enfer, un peu comme Batman et Robin, Batman c'est lui et je suis Robin, bien que les collants verts ne m'attirent pas plus que ça.

 

            Ensuite, il y a Annabelle, je l'ai connue en seconde, elle s'est assise à ma droite en histoire et depuis on a toujours été fourrée l'une avec l'autre. Annabelle représente tout ce que j'aurais aimé être : elle est naïve, calme et attends toujours qu'on lui tende la main, sans doute dû au fait qu'elle soit fille unique. Elle a de grands yeux d'un vert éclatant entourés de longs cils qu'elle allonge encore avec son mascara, son nez est en trompette, tout petit et pointu en plus d'être constellé de tâches de rousseur, sa bouche, son seul défaut paraît-il, donne l'impression d'avoir été dessiné par un peintre avec un crayon rose. Malheureusement elle passe son temps à la peinturlurer en rouge brillant et à écraser son gloss à la framboise dessus. Elle coiffe toujours ses longs cheveux noirs soit en faisant des couettes, soit en faisant deux choux sur le côté de sa tête et dans ce cas là je l'appelais Leiah. Contrairement à moi, elle prenait grand soin de son physique au détriment de sa culture, son mental, et son intellect. En trois ans de temps, elle avait pleuré plus de fois sur mon épaule que toutes les personnes que je connaissais et toujours pour la même raison : un garçon. Elle tombait éperdument amoureuse dès le premier regard des mauvais garçons et bien sûr elle en pâtissait. J'ai tenté de la soutenir, de la prévenir mais rien à faire, son cœur accélère la cadence au premier vilain qui passe.

 

            Là, elle est célibataire mais amoureuse encore, d'un petit playboy d'opérette qui se promène continuellement avec une horde de pétasses mal fagotées, trop poudrées, et clonées les unes sur les autres. Je dois sembler vieux jeu mais quand on voit la dégaine de certaines, on regrette de ne pas porter l'uniforme. Personnellement la mini-jupe au dessus des fesses j'ai toujours trouvé ça vulgaire plutôt que sexy. Quel besoin a-t-on de voir les sous-vêtements des gens ? N'est-ce pas mieux d'imaginer ce que l'autre porte en dessous ? Non, je n'adhère pas à cette mode, autant se promener nu, l'effet sera pratiquement le même.

            Mais revenons à notre Dom Juan des temps modernes. Physiquement il est assez banal, c'est un garçon, ce qui veut dire, une tête, des yeux, un nez, une bouche, des cheveux,... comme tout le monde en somme. Là où il se démarque c'est dans sa façon d'être, ses cheveux châtain sont coiffés de manière décoiffée, ses yeux bleus pétillent de malice, son visage droit et pointu au menton permet à son sourire, qui forme de jolies fossettes, d'humidifier la culotte de certaines, et comme si ça ne suffisait pas, c'était bien l'un des seuls garçons de ce lycée à s'habiller de façon classe et décontracté avec ses pantalons noirs et ses chemises blanches. Il se la joue star endimanché dans son bel accoutrement. J'aurais été heureuse s'il n'avait été que bellâtre mais non, il fallait qu'il soit aussi intelligent. Par chance, je ne suis dans sa classe que lors des cours de langues où il sait tenir la conversation avec le professeur d'anglais et le professeur d'allemand, ce qui est écœurant, surtout quand vous tentez de vous en sortir dans ses deux matières avec peine. Mais il paraît qu'il est monstrueux dans chaque matière, il doit avoir une vie sociale épanouie et s'amuser le week-end.

            Je déteste cette idée d'être plus faible que lui, particulièrement lorsqu'il se retourne après que le professeur nous ait rendu un devoir surveillé et qu'il pose sa question préférée de sa petite voix de ténor : " Combien as-tu eu ? "

Là j'ai envie de lui répondre avec toute la hargne possible : " Mais bien sûr imbécile que j'ai eu moins que toi ! ".

Mais en général je ne fais que tendre ma copie vers lui et je l'écoute me répéter la même rengaine : " Tu feras mieux la prochaine fois " avec un sourire compatissant. Que croit-il ? Me réconforter ? S'il savait ! Cette phrase me donne envie de le gifler plus qu'autre chose. Je n'en veux pas de sa pitié, de sa fausse modestie, qu'il garde tout ça pour sa horde de fan, pour ses groupies sans cervelles, quel plouc ! Ah ! Je bouillonne, j'enrage. Heureusement il se retourne pour écouter la correction pendant ce temps je déprime, je gribouille sur ma feuille, je trace les lignes d'un pendu... Tiens ! J'vais l'appeler Grégoire. Je me sens calme d'un coup.

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La Bonne Amie (suite)  (La Bonne Amie) posté le vendredi 15 février 2008 16:01

La sonnerie a retenti  enfin, j'ai cru que ça n'en terminerait jamais. Je mets mes stylos dans la trousse que je ferme pour la claquer sans grand soin dans mon sac avant de sortir de la classe en courant. C'est la récréation, les élèves forment des tas  dans les couloirs, je suis obligée de slalomer entre eux, tantôt en m'écrasant sur le mur, tantôt en passant sous les jambes des plus grands. Au bout du couloir, je vois la bouille d'enfant d'Annabelle, elle est trop mignonne. Je descends les marches calmement, elle se jette dans mes bras et me fait un énorme câlin.

            " Tu m'as manqué ! crie-t-elle

- Annabelle; on ne s'est pas vu pendant un week-end

- c'est déjà trop long."

            Je ris, on s'assied sur les dernières marches de l'escalier. Il nous reste encore huit bonnes minutes avant de rejoindre ce qui nous sert de classe en Histoire. Elle commence à parler de son week-end chez sa grand-mère, une réunion de famille importante : sa cousine présentait son fiancé à la famille. Pauvre gars, devoir rencontrer les grands -parents, les oncles, les tantes, les cousins, les cousines, bref toute sa future belle-famille, je m'étonne qu'il n'ait pas pris ses jambes à son cou. Annabelle en est à peine à un dixième de son récit lorsqu'une voix de ténor ô combien désagréable prononce mon nom derrière mon dos. Je me retourne et sans étonnement je découvre Playboy. Annabelle rougit de la tête au pied, aussi écarlate que la plus belle des tomates OGM cultivées aux colorants.

            "T'as oublié ta veste en cours" me dit-il en souriant et en me tendant mon vêtement. Quelle idiote ! J'ai bien envie de me gifler. Je le remercie poliment sans insister plus que ça sur la gratitude que je lui dois, soi-disant, il me répond de rien en souriant toujours comme un crétin et repart au loin, son sac en bandoulière tape sur ses cuisses avec un rythme régulier. Je me tourne vers Annabelle, je la surprends en train de contempler avec énormément d'intérêt le dos de notre cher ami. Lorsqu'il disparait de son champ de vision, elle pousse un soupir de lassitude, ses épaules tombent, son regard est triste, elle fait la moue et déclare d'une voix déprimée : " Il ne me remarquera jamais. "

            La sonnerie retentit, les cours vont reprendre, je passe mon bras sur son épaule, ma veste sur ma propre épaule, et dans cette attitude de garçon manqué, je conduis la princesse jusqu'à notre salle de cours.

 

 

            La Mondialisation... On aurait pu trouver un sujet plus passionnant. J'écoute madame le professeur en mâchouillant mon crayon que je tourne de temps en temps pour ne pas m'endormir. Je suis affalée , dos sur le mur, ma main droite tapote ma trousse, je regarde ma voisine, une petite rousse. Je crois qu'elle s'appelle Mathilde, mais on s'en fout, moi tout ce que je veux c'est lui piquer ses cheveux. Annabelle est pratiquement allongée sur sa table, les yeux fermés, elle me donne envie de rire.

            La trouvant trop bavarde, cette chère madame Histoire/Géo l'a éloignée de moi... l'a isolée, bien bien loin de tout être doué de paroles. Pendant une heure, elle doit faire silence, un véritable supplice pour elle que j'ai toujours connu en pleine conversation. Pour tuer le temps qui s'accroche à la vie, je contemple une à une les personnes de la classes, une classe majoritairement de filles, chacune assez similaire à sa voisine. En grande partie elles écoutent le cours ou bavardent sur je ne sais quoi qui m'a l'air d'être on ne peut plus passionnant. Les quelques représentants du sexe masculin dorment ou font semblant d'écouter. Que de sérieux dans cette classe, s'en devient lassant. Je fais un petit coucou à Annabelle, elle me sourit, prend une feuille, arrache un bout et gribouille dessus, elle sort sa règle, crée une sorte de catapulte et envoie le petit bout de papier. Par chance, son morceau de feuille tombe près de moi, je n'ai aucun mal à le récupérer, je l'applaudis avant pour sa performance, elle me fait une légère courbette. Une fois le papier entre les mains, je le déplie et je lis ce qu'elle a écrit en Times new roman écriture taille 6 en plus du langage sms... Un roman sur une feuille de 5 cm², si ça ce n’est pas un exploit, je veux bien me nommer Géraldine. Sur son petit papier, elle me détaille son ennui, sa déprime et les charmes de celui que l'on nomme Grégoire, même absent il trouve le moyen de me faire... Je crois que je vais écouter le cours.

 

           

            Midi, l'heure de la libération a sonné, tel des vautours les élèves se ruent vers ce qu'on appelle la cantine... Vous saviez que la cantine c'est aussi une petite caisse ou malle employée par les militaires avec des compartiments pour ranger ses affaires, je trouve que ce nom va particulièrement bien au réfectoire de notre établissement. On n'y entre pas n'importe comment, d'abord, les surveillants vérifient votre emploi du temps, ensuite il y a un ordre de passage en fonction des classes. C'est propre, bien rangé, pas de bavures, ça me change de mon ancienne cantine où pour survivre à l'appétit bestial de ces chimpanzés enragés il fallait venir avec un casque, des genouillères et une crosse, enfin ça c'était pour les services de treize heure quand y a plus personne. Le problème avec le système militaire, c'est qu'il y a toujours des petits plaisantins pour tenir tête aux autorités en fonction, du coup on doit quand patienter pendant quelques minutes, en général on patiente en musique, vive les mp3.

            On arrive enfin devant la machine à plateau, on passe notre carte de cantine et elle nous offre avec toute la gentillesse qu'une machine puisse donner un merveilleux plateau grisâtre, humide car fraichement lavé, et en plastique. On prend un verre devenu blanc grâce au calcaire, une entrée en plastique, certes il y a la couleur mais le reste, des couverts, une serviette et le repas qui sera comme toujours infect. En général, dans le fond de la salle, il y a une table qui n’a quasiment jamais utilisé, alors au bout de trois ans c'est devenu notre table. On s'est assise, sans trop se presser, et on a commencé notre repas. Annabelle a repris le récit de son fameux week-end familial, je m'imaginais la scène de ce pauvre garçon, tout en ponctuant son récit de mes propres anecdotes sur le même sujet. Enfin, elle finit par me parler de Grégoire, encore... Comprenez-vous pourquoi il m'agace rien que par la vue ?

            " Tu te rends compte, il ne m'a même pas vu...

- Que veux-tu que je te dise ? C'est un garçon, faut pas trop lui en demander, tu te mettrais toute nue qu'il serait encore capable de te demander si t'as changé de coupe de cheveux, lui ai-je dit en tentant de l'amuser un peu,(oui je sais, mes blagues son assez foireuses).

- Oui mais quand même... Et t'aurais pu faire les présentations, tu le connais toi, a-t-elle commencé à gronder

- holà, je le connais, je le connais, je ne fais que partager sa classe, rien de bien intime , me suis-je défendue, et encore heureux d'ailleurs que je ne fasse que ça, il m'énerve ce type.

- J'aimerais tellement qu'il me fasse un sourire !"

            Elle ne m'avait pas écouté, comme toujours elle était enfermé dans ses rêveries, Grégoire est teeeeeeeeeeellement exceptionnel, j'aimerais juste qu'on me dise en quoi. En attendant Annabelle monologuait sur les qualités de cet être si parfait.

            " Il est trop mignon, adorable... Et si intelligent, en plus il est aussi doué en sport, tu savais qu'il faisait de l'escrime ? Dans un club, et pas un petit, un grand club, y a des filles qui m'ont qu'elles avaient appris qu'il serait peut être qualifié pour un tournoi national, tu te rends compte ! Ah, c'est un vrai chevalier, continuait-elle avec ses yeux pétillants, ses joues rouges, et ses mains jointes. A la voir, on aurait pu croire qu'elle parlait d'un Dieu vivant, mais non, elle parlait juste du garçon dont elle était amoureuse, et bien que je détestais cet imbécile, j'étais extrêmement touchée par la jeune fille que j'avais devant moi.

- et tu ferais une très belle princesse avec lui

- tu crois ?... j'y pense, tu savais que toutes ses ex étaient blondes ?

- non... et alors ? "

            Il y a eu un silence de plusieurs minutes, elle me regardait avec ses yeux suppliant, ça sentait le sale plan bien pourri. Le mécanisme a mis du temps à s'enclencher avant que l'ampoule au dessus de ma tête ne se mette à clignoter.

            " Toi ? en blonde ?" Elle a acquiescé et a ajouté "mais j'ai peur de le faire moi-même, alors je voudrais que tu m'aides, s’il te plaît

- Annabelle mais t'es folle, tu as des cheveux sublimes

- s'il te plaît " , suppliait-elle , je ne sais pas pourquoi mais le fait de la voir prête à pleurer pour une couleur de cheveux m'a fait accepter. Samedi, on s'occupera de ça samedi, lui ai je promis, et je m'en voulais déjà, pourquoi n'arrivait-elle pas à comprendre que ce type n'était rien.

 

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la bonne amie (suite2)  (La Bonne Amie) posté le mardi 18 mars 2008 13:08

La semaine est passée relativement vite, entre les cours, les devoirs, et les quelques activités extrascolaires que l’on ne vienne pas me dire que la vie d’un lycéen n’est pas fatigante. Et ce samedi est vite arrivé, exceptionnellement je n’ai pas eu cours de la matinée grâce à une réunion pour les secondes ou quelque chose du même genre, bref un machin qui ne me concerne en rien. J’étais complètement emmitouflée dans ma couette, roulée autour de mon oreiller, les jambes repliées en position fœtale : j’étais dans mon paradis à émerger lentement du pays des songes sans parents pour venir me réveiller, sans sœur pour m’embêter, lorsque quelqu’un a sonné à la porte. En plus la sonnerie de la maison est tout sauf douce et agréable à entendre bien au contraire, elle est suraigüe, stressante comme pour s’assurer que la personne qui sonne aura bien une réponse s’il y a quelqu’un à la maison.

                        Je suis sortie de mon lit, ou plutôt, je suis tombée de mon lit. Je me suis trainée jusqu’à l’escalier, j’ai descendu les marches lourdement. J’avais les yeux embués, heureusement je connais la maison par cœur. J’ai traversé le salon et je suis enfin arrivée devant la porte que j’ai ouverte avec violence.

«  J’ai failli attendre ! » m’a lancé une tête blonde au dessus de moi. Thomas est entré sans gêne, a posé son sac sur le sol, et a retiré son manteau avant de se claquer dans la banquette. Je n’ai même pas eu le temps de comprendre ce qu’il venait de faire, que monsieur m’ordonne de fermer la porte d’entrée pour éviter les courants d’air, le pire étant que j’ai obéi sans réfléchir.

«  Je te réveille non ? » m’a-t-il demandé alors que je m’installais à ses côtés : j’ai replié mes jambes sur la banquette et j’ai posé ma tête sur ses cuisses. Je me rendormais tout doucement lorsque j’ai senti qu’il tirait sur ma chemise de nuit qui, du coup, remontait petit à petit le long de ma jambe.

«  Thomas, tu fais chier ! » ai-je maugréé avant de me relever pour remettre mon vêtement en place, les joues rouges de honte et de colère tandis que ce qui me servait de meilleur ami me regardait hilare en me faisant remarquer que j’étais bien réveillée maintenant. J’ai soufflé, la journée allait être éreintante, il avait envie de me taquiner, je le voyais dans son sourire. Las, je me suis dirigée vers la cuisine, suivie de Thomas qui venait de se lever, il restait silencieux, savourant encore l’effet de sa mauvaise blague. J’ai pris une tasse dans l’armoire en hauteur, j’ai du me mettre sur la pointe des pieds pour pouvoir l’attraper, il m’avait regardé faire mais ne m’avait pas aidé bien évidemment. Je l’ai fusillé du regard, j’ai été du côté de l’évier et j’ai pris le thermos de café à ma gauche et j’ai rempli la tasse ensuite je l’ai claqué devant son nez, il m’a dit merci de la façon la plus aimable qu’on pourrait imaginer avant de m’embrasser sur la joue ce qui m’a fait sourire.

« Tu m’énerves, lui ai-je signalé.

- Je sais, je sais, m’a-t-il répondu, mais tu m’aimes quand même n’est-ce pas ? »

Je suis retournée me chercher un bol dans un des placards, dans un autre j’ai attrapé des céréales et du réfrigérateur j’ai sorti le lait. Je me suis installée à table sous le regard attentif de mon ami.

« Tu prends ton petit-déjeuner à midi § ?

- Hein ! A midi ?

- Oui, enfin à 11h 46min et 26 sec… 27sec… »A-t-il dit en regardant sa montre.

            J’ai quitté la table pour foncer dans ma chambre en me déshabillant sur le chemin. J’ai ouvert mon armoire, pris mes sous-vêtements et je les ai enfilés, pris un pantalon noir, en fait ils sont tous noirs, et un débardeur au hasard, la couleur m’importait peu, j’ai juste eu le temps de la passer, Thomas a déposé mon linge sur le lit en trouvant ma culotte bien à son goût. Je lui ai arraché des mains, ce garçon est continuellement en rut ce n’est pas possible autrement, je l’ai poussé en dehors de la chambre.

 

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La Bonne Amie (suite3)  (La Bonne Amie) posté le lundi 07 avril 2008 12:13

Nous étions de nouveau dans la cuisine, j'étais réveillée et habillée, il était midi, nous étions samedi. Thomas faisait la vaisselle pendant que je lui parlais de l'absence de mes parents partis en week-end, en amoureux, et de ma soeur qui a fait de même puisque personne personne ne sera là pour lui téléphoner jusqu'à son retour. Thomas s'est enfin installé à table, je ne l'avais jamais vu aussi fatigué, il avait d'énormes cernes sous les yeux qui étaient rouges, ses joues étaient un peu creusées, à croire qu'il n'avait pas dormi depuis plusieurs jours.

" Alors qu'elle est le programme de la journée ? a-t-il demandé en espérant que ce serait squattage de canapé et télé

- hum... Annabelle vient, il a grogné, elle veut devenir blonde.

- elle est déjà dans la tête ça lui suffit pas ? En plus ça va être choquant avec ses gros sourcils noirs.

- Méchant ! ai-je grondé

- Oui." répondit-il avec un sourire carnacier.

Annabelle et Thomas s'étaient rencontrés deux ans plus tôt. Comme je trainais souvent avec Thomas lors de mes temps libres et durant l'entre-deux-cours, et que j'étais avec Annabelle durant les cours, leur rencontre s'est faite tout naturellement. Au début, l'ambiance entre nous était très détendue, Thomas acceptait tout le monde auprès de lui, il avait des préjugés, de nombreux même, mais il était souvent du genre à les mettre de côtès dès qu'il parlait avec quelqu'un. Annabelle, elle, fondait et devenait toujours très agréable auprès des beaux garçons, alors évidemment avec Thomas ça passait comme une lettre à la poste. J'étais heureuse, mes deux meilleurs amis étaient amis. Malheureusement, leur amitié s'est très vite terminée, Je n'ai jamais su, et je ne saurai probablement jamais, ce qu'il s'était passé entre eux mais ils ont cessé de se parler l'un à l'autre, ils ont commencé à s'ignorer mutuellement et mes tentatives de réconciliation sont toutes tombées à l'eau. J'ai donc tout abandonné, mais dans cette histoire ce qui m'agaçait le plus était que je ne pouvais même plus parler de l'un à l'autre : lorsque je parlais de Thomas à Annabelle, elle baillait, soupirait et changeait de sujets, Thomas, lui, ne faisait guère mieux, avec son act habituel il m'a carrément lancé au visage qu'il "en avait rien à foutre". Je l'ai boudé pendant plusieurs jours et pour se faire racheter il m'avait offert un sac en toile avec un papillon bleu brodé dessus, ce sac je le porte à caque sortie, quand je vais me balader, quand je pars en vacances, bref dès que je peux l'afficher à tous je le fais. Mais depuis j'ai bien compris que je devais abandonner l'idée de mélanger ces deux parties de ma vie.

Malgrè l'arrivée d'Annabelle, Thomas est resté chez moi. J'ai même été étonnée de le voir lui dire bonjour. Annabelle, elle, était calme, étrangement calme. L'air était tout de même assez pesant, j'ai essayé d'engager une conversation mais je me suis heurtée à un mur. Ah ! Ce samedi promettait d'être croustillant, j'étais sûre que ce salopard de Thomas faisait exprès de rester pour déranger Annabelle. En plus il n'était pas censé venir, d'un autre côtè il n'a jamais prévenu lorsqu'il venait me voir c'était toujours à l'improviste. J'ai pris Annabelle par la main et nous sommes parties nous enfermer dans la salle de bain. J'ai dû lutter contre la bête féroce en mal d'amour physique, qui était pourtant comblé avec une greluche de son ancienne classe de terminale, qui voulait nous accompagnait, quelle plaie, il ne pouvait pas s'empêcher de vouloir nous accompagner... Ca l'émoustille tellement une demoiselle avec une serviette sur la tête ?

Au bout de plusieurs heures à batailler avec des produits chimiques nauséabonds et les cheveux de la princesse, nous avions enfin quitté la salle de bain, qui était méconnaissable. On a passé la majeur partie de notre temps à la nettoyer plutôt qu'à nous occuper de la tignasse d'Annabelle, mais ce grand nettoyage m'a évité la mort, ma mère ne supporte pas de découvrir sa maison avec un grain de poussière en trop lorsqu'elle s'absente. Les cheveux d'Annabelle, une fois sec, avaient viré au jaune pisse délavé. C'était assez effrayant. Lorsqu'elle s'est vue dans le miroir, des larmes se sont mises à couler le long de ses joues, elle a murmuré un "mais qu'est-ce-que j'ai fait ?". Moi je ne comprenais rien, les explications avaient l'air facile à suivre, et sur la photo le rendu était très joli. Pour la réconforter, je lui ai fait remarquer qu'avec cette couleur elle attirerait les regards et c'était plus original qu'un blond éclatant comme les autres filles, en vérité je me sentais coupable de ne pas l'avoir arrêté.



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La Bonne Amie (suite4)  (La Bonne Amie) posté le lundi 28 avril 2008 22:19

Je suis retournée au rez-de-chaussée, dans le salon, il y faisait sombre, apparemment il était déjà tard bien qu'en hiver la nuit tombe très vite, voire trop. J'ai allumé une des lampes de chevet et j'ai découvert Thomas endormi sur la banquette. Je me suis approchée de lui, le plus doucement possible, je me suis penchée au dessus de son visage, il dormait profondément, un peu trop même. J'ai claqué mes doigts devant ses yeux clos, il n'a eu aucune réaction. Par frustration et sadisme aussi, j'ai commencé à le chatouiller au niveau de ses reins, il m'a pris dans ses bras et je me suis retrouvée allongée sur son corps. Il m'a embrassé le front et s'est assis tout en me gardant dans ses bras, ce qui était assez douloureux car mon dos était totalement courbé vers l'intérieur. Voyant que la position n'était pas confortable, il m'a dit de me tourner, j'étais alors assise dos contre son torse, sa tête était appuyé sur mon épaule et il s'amusait à souffler dans mes cheveux.
" On ressemble à un couple comme ça" a-t-il murmuré dans le creux de mon oreille. Je me suis mise à rougir, Thomas était mon meilleur ami, il ne serait que mon meilleur ami durant toute ma vie... c'est comme ça que je voyais les choses tout du moins.

" Imbécile, tu penses un peu à ta copine à me dire des trucs pareils ?"

Il a soufflé, m'a laché et s'est claqué sur l'accoudoir du canapé, heureusement pour lui, l'accoudoir était mou.

" Elle m'a largué" a-t-il laché. J'ai tourné ma tête vers lui comme j'ai pu, incrédule.

" Elle m'a laché ce matin si tu veux tout savoir, a-t-il repris, la raison officielle est qu'elle ne me supporte plus, j'aurai un caractère détestable, trop imbu de ma personne et tout un tralala de conneries, l'officieuse est qu'elle se tape mon voisin, mais elle croit que je ne suis pas au courant...

- Je suis désolée, lui ai-je dit en remettant une de ses méches de cheveux contre sa joue

- C'est pas ta faute, pourquoi tu te désoles ? A moins que tu ne lui aies présenté mon voisin ?"

C'était du Thomas tout craché. Il cachait ses sentiments jusqu'au bout par des blagues lamentables dont lui seul avait le secret. Je l'ai pris dans mes bras et je l'ai serré aussi fort que j'ai pu, au point de l'étouffer. On est resté longtemps ainsi, et puis Thomas m'a rappelé l'existence d'Annabelle. Je me suis levée, catastrophée, et je suis retournée dans la salle de bain. Malheureusement le mal était déjà fait, elle avait une paire de ciseaux à la main qui appartenait à ma mère et qu'elle laissait dans la salle de bain pour une mystérieuse raison, ses cheveux étaient éparpillées autour d'elle et des mèches inégales encadraient son doux visage tremblant.

" MAIS QU'EST-CE QUE T'AS FAIT ? " ai-je crié malgrè moi, donnant le départ à ses larmes.

Je l'ai prise par le bras avec délicatesse et je l'ai ramenée dans le salon. Thomas a explosé de rire en la voyant mais lorsqu'il a croisé mon regard, il a failli s'étouffer ce qui a mis fin à son hilarité. Je me suis retrouvée coincée entre deux déprimés pour des raisons plus au moins justifiables. Toutes deux se rongeait les ongles, soupiraient longuement, ne parlaient pas alors, comme j'avais le moral dans les chaussettes à cause d'eux, j'ai décidé de les garder à la maison, près de moi. J'ai préparé de quoi manger, je les ai forcé à avaler, un parce que c'était pas très bon, faut avouer je suis une mauvaise cuisinière, deux parce qu'ils n'auraient rien mangé jusqu'au lendemain voire sur-lendemain. Ensuite pour détendre l'atmosphère pesant, on a regardé un bon gros navet qui a effacé une partie de leur tracas de la journée : j'étais allongée sur la banquette de tout mon long, la tête sur la cuisse de thomas assis de façon flasque, Annabelle s'était installé par terre, on s'empiffrait de bonbons en se moquant des jeux d'acteurs, des dialogues trop construits et du merveilleux doublage de la plus grande niaiserie cinématographique de l'année.


Le lendemain je me suis réveillée dans le lit de mes parents, Annebelle à ma droite, Thomas à ma gauche. Je me suis libérée tant bien que mal de l'emprise de mes deux amis et j'ai quitté la chambre pour me diriger dans la salle de bain encore décorée des cheveux d'Annabelle. J'ai remis un peu d'ordre et j'ai fait ma toilette.

Quand je suis sortie de la pièce plus personne n'était dans la chambre, les lits avaient été faits, et la fenêtre était ouverte pour aérer la pièce, par chance il ne faisait pas trop froid ce matin là. J'ai fermé la porte et je suis descendue. J'ai rejoint la cuisine où deux zombies avaient l'air de prendre leur petit-déjeuner. Par sureté j'ai vérifié qu'ils ne mangeaient pas de l'air mais leur bol respectif était plein ce qui m'a rassurée. Je me suis mis de l'eau à bouillir après avoir lancé un bonjour tonitruant qui n'a provoqué aucune réaction chez Annabelle et a valu un grognement de vieil ours chez Thomas.

Ensuite, Thomas a quitté la cuisine, il est parti se laver, Annabelle et moi, nous avons été regardé les dessins animés dans le salon. Thomas est réapparu une petit demi-heure après, il sentait bon le propre, il avait retrouvé un teint frais et apparemment son moral était revenu.

" Bon 'jvais vous laisser, j'vais quand même aller voir ma mère, lui prouver que je suis encore en vie.

- Tu lui dis bonjour de ma part, lui ai-je demandé avec un petit sourire triste, j'aurais souhaité qu'il reste plus longtemps

- pas de problème" A-t-il répondu. Il a fait la bise à Annabelle, ensuite il s'est penché vers moi, a posé sa main sur mon épaule, m'a fait un baiser sur la joue et de son autre main a appuyé sur mon menton en me disant "tu sais qu'je t'aime toi ! ". Il a ensuite repris son sac et il a passé la porte. Je me sentais ragaillardie, vivante, j'ai regardé Annabelle qui tenait ses genoux contre sa poitrine en fixant la télé les yeux vides. J'ai tendu ma main vers elle, l'invitant à me suivre.

Je l'ai amené dans la salle de bain, où toutes traces de vie avaient disparu. Thomas était vraiment un maniaque de la propreté. Annabelle a enlevé le haut du pyjamas que je lui avais prété, elle a penché sa tête au dessus de la baignoire et nous avons lavé ses cheveux trois fois de suite. Après les avoir séché, démélé, coiffé comme il fallait avec une jolie raie au milieu. J'ai noué ses cheveux et à la manière de Mulan je les ai tranchés. Le résultat n'était pas franchement magnifique mais c'était déjà mieux que la veille. Elle se retrouvait maintenant avec une sorte de dégradé assymétrique mais fait avec amour.

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