Je rêvais d'être quelqu'un d'exceptionnel, d'être une espèce de héros comme au cinéma, dans les films, ou dans les histoires. Cette personne insignifiante qui, sans rien avoir demandé, devient totalement extraordinaire. Passer de la personne banale à la célébrité qu'on adule, qu'on admire et que l'on envie. Mais tout le monde fait ce rêve.
Malheureusement pour moi... Je n'ai aucun attribut digne des séries américaines : 1mètre 65 pour 68 kilogramme, bon d'accord c'est un poids encore assez normal mais je n'ai tout de même pas un ventre plat et je ne suis particulièrement grande. Je suis brune, ce qui est assez banal dans notre société occidentale, et j'ai les yeux noisettes... pour ne pas dire marron yeux de cochons. J'ai les pommettes trop hautes, les lèvres extrêmement fines, les yeux enfoncés, les sourcils droits qui me donnent un air très autoritaire, et un nez tout aussi droit. Le tout dans une peau cadavérique... Je suis un véritable canon !
Dire que j'aurais tant voulu être rousse, pouvoir avoir une frange et des couettes, avoir des yeux bleus foncés ou noirs, une peau un peu plus coloré, des lèvres pulpeuses, mais pas trop non plus, et rouges foncées mais j'aurais aimé conserver mo nez, faire 1 mètre 65 pour 50 kilogramme, être le genre de fille qu'on a envie de protéger, petite, simple, à l'air faible. Mais mon genre à moi c'est : petite, bourrine à l'air féroce,... Autant dire que niveau prince charmant c'est... désertique.
Heureusement j'ai tout de même des amis comme Thomas. Quand nous étions enfant, on était dans la même école et je jouais avec sa sœur. Quand on a 6 ans on est parfois bête, on refuse de jouer avec les garçons parce qu'ils nous tirent les cheveux. Et en grandissant ça ne s'arrange pas toujours.
Au collège, sa sœur et moi avions été séparées, en effet elle est partie vivre avec son père lors du divorce de leur parent et Thomas a préféré rester avec sa mère. Il n'a jamais été très proche de son père, contrairement à sa petite sœur. Il était déjà en 4éme quand j'étais en 6éme et il passait son temps à discuter avec moi, se souciant de ma santé dans le bâtiment, c'est là qu'on a commencé à sympathiser et à devenir plus que le frère et l'amie de sa sœur.
Au lycée, on était toujours ensemble, il avait redoublé sa seconde alors il n'avait plus qu'une classe d'avance sur moi. C'est là qu'on est réellement devenu des amis, ce qui m'a valu quelque problème. Il était la coqueluche des femelles du lycée. Dans un sens c'est compréhensif, il est mignon, a des airs d'ange... Oh de loin moi aussi j'aurais pu craquer pour lui mais lorsqu'on le connait plus intimement, on déchante vite : plus misogyne, cynique et tête à claques que lui je n'ai jamais connu. Mais malgré ses défauts il est devenu mon meilleur ami... ou grâce à ses défauts, je ne sais plus. Lui et moi, nous étions un duo d'enfer, un peu comme Batman et Robin, Batman c'est lui et je suis Robin, bien que les collants verts ne m'attirent pas plus que ça.
Ensuite, il y a Annabelle, je l'ai connue en seconde, elle s'est assise à ma droite en histoire et depuis on a toujours été fourrée l'une avec l'autre. Annabelle représente tout ce que j'aurais aimé être : elle est naïve, calme et attends toujours qu'on lui tende la main, sans doute dû au fait qu'elle soit fille unique. Elle a de grands yeux d'un vert éclatant entourés de longs cils qu'elle allonge encore avec son mascara, son nez est en trompette, tout petit et pointu en plus d'être constellé de tâches de rousseur, sa bouche, son seul défaut paraît-il, donne l'impression d'avoir été dessiné par un peintre avec un crayon rose. Malheureusement elle passe son temps à la peinturlurer en rouge brillant et à écraser son gloss à la framboise dessus. Elle coiffe toujours ses longs cheveux noirs soit en faisant des couettes, soit en faisant deux choux sur le côté de sa tête et dans ce cas là je l'appelais Leiah. Contrairement à moi, elle prenait grand soin de son physique au détriment de sa culture, son mental, et son intellect. En trois ans de temps, elle avait pleuré plus de fois sur mon épaule que toutes les personnes que je connaissais et toujours pour la même raison : un garçon. Elle tombait éperdument amoureuse dès le premier regard des mauvais garçons et bien sûr elle en pâtissait. J'ai tenté de la soutenir, de la prévenir mais rien à faire, son cœur accélère la cadence au premier vilain qui passe.
Là, elle est célibataire mais amoureuse encore, d'un petit playboy d'opérette qui se promène continuellement avec une horde de pétasses mal fagotées, trop poudrées, et clonées les unes sur les autres. Je dois sembler vieux jeu mais quand on voit la dégaine de certaines, on regrette de ne pas porter l'uniforme. Personnellement la mini-jupe au dessus des fesses j'ai toujours trouvé ça vulgaire plutôt que sexy. Quel besoin a-t-on de voir les sous-vêtements des gens ? N'est-ce pas mieux d'imaginer ce que l'autre porte en dessous ? Non, je n'adhère pas à cette mode, autant se promener nu, l'effet sera pratiquement le même.
Mais revenons à notre Dom Juan des temps modernes. Physiquement il est assez banal, c'est un garçon, ce qui veut dire, une tête, des yeux, un nez, une bouche, des cheveux,... comme tout le monde en somme. Là où il se démarque c'est dans sa façon d'être, ses cheveux châtain sont coiffés de manière décoiffée, ses yeux bleus pétillent de malice, son visage droit et pointu au menton permet à son sourire, qui forme de jolies fossettes, d'humidifier la culotte de certaines, et comme si ça ne suffisait pas, c'était bien l'un des seuls garçons de ce lycée à s'habiller de façon classe et décontracté avec ses pantalons noirs et ses chemises blanches. Il se la joue star endimanché dans son bel accoutrement. J'aurais été heureuse s'il n'avait été que bellâtre mais non, il fallait qu'il soit aussi intelligent. Par chance, je ne suis dans sa classe que lors des cours de langues où il sait tenir la conversation avec le professeur d'anglais et le professeur d'allemand, ce qui est écœurant, surtout quand vous tentez de vous en sortir dans ses deux matières avec peine. Mais il paraît qu'il est monstrueux dans chaque matière, il doit avoir une vie sociale épanouie et s'amuser le week-end.
Je déteste cette idée d'être plus faible que lui, particulièrement lorsqu'il se retourne après que le professeur nous ait rendu un devoir surveillé et qu'il pose sa question préférée de sa petite voix de ténor : " Combien as-tu eu ? "
Là j'ai envie de lui répondre avec toute la hargne possible : " Mais bien sûr imbécile que j'ai eu moins que toi ! ".
Mais en général je ne fais que tendre ma copie vers lui et je l'écoute me répéter la même rengaine : " Tu feras mieux la prochaine fois " avec un sourire compatissant. Que croit-il ? Me réconforter ? S'il savait ! Cette phrase me donne envie de le gifler plus qu'autre chose. Je n'en veux pas de sa pitié, de sa fausse modestie, qu'il garde tout ça pour sa horde de fan, pour ses groupies sans cervelles, quel plouc ! Ah ! Je bouillonne, j'enrage. Heureusement il se retourne pour écouter la correction pendant ce temps je déprime, je gribouille sur ma feuille, je trace les lignes d'un pendu... Tiens ! J'vais l'appeler Grégoire. Je me sens calme d'un coup.
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