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La Bonne Amie

La Bonne Amie (suite5)  (La Bonne Amie) posté le lundi 19 mai 2008 19:54

Le lendemain je suis arrivée légérement en avance au lycée, ce qui était assez rare. J'ai attendu Annabelle durat quelques minutes. Elle a fini par se montrer avec une casquette de velour rouge sur sa tête ce qui camouflait entiérement ses cheveux. On a filé discrétement jusqu'à notre salle de cours.

Lorsqu'elle a retiré son chapeau, ses cheveux sont retombés sur ses oreilles. Il y a eu des murmures, des petits couinements, des papiers qui filaient de mains en mains, des mots qui glissaient d'oreille à oreille de la part des filles de notre classe. Annabelle rougissait, aussi rouge que sa casquette elle-même, mais restait digne et tentait de ne pas porter attention aux commérages. J'ai entamé une discussion avec elle, on a parlé de notre dimanche. Je lui ai demandé comment ses parents avaient réagi face à sa crinière mais elle a éludé la question, j'en ai dédui qu'ils n'avaient pas dû apprécier.

Le cours suivant, nous étions séparées l'une de l'autre. J'avais cours de langue. J'ai couru, le professeur a ouvert la porte, je me suis engouffré dans la salle et j'ai été m'asseoir à la table près de la fenêtre. Les autres sont entrés un par un, d'abord deux filles, qui riaient nerveusement comme deux bonnes greluches qu'elles sont. Sans doute était-ce dû au fait que ce cher Grégoire les suivait accompagné de son ami Vivien, LE crétin par excellence, pas un seul jeu de mots amusant, mais sa catégorie sociale lui permettant d'être roi des boulets, il a sans doute accepté le poste sans connaissance des risques. Comme toujours Grégoire s'est assis devant moi, dos contre le mur et m'a dit bonjour. J'ai répondu par politesse, on peut ne pas apprécier quelqu'un et rester poli.

Le professeur a commencé son cours. C'était un vrai régal de travailler dans sa classe. Pour une fois, on n'étudiait pas des textes ennuyants sans aucun intérêt. C'était dynamique, on avait envie de participer malgrè le peu de vocabulaire qu'on a pu accumuler. J'aurais pu rester assise dans cette salle ad vitam eternam. Bref, j'étais sur mon petit nuage, bien tranquille. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et la sonnerie m'a réveillé de ce doux rêve éveillé.

J'ai commencé à ranger mes affaires avec une lenteur extrêmement calculé, j'attendais que la salle se vide avant de partir à mon tour. Malheureusement, Grégoire et son accolyte sont toujours plus lents que moi. Je suis sortie en criant au revoir à ce cher professeur. Quand je suis arrivée dans le couloir, une tête s'est écrasée sur ma poitrine, et des bras ont encerclé ma taille. Des sanglots étouffés s'échappaient avec difficulté sur mon ventre. J'ai caressé les cheveux d'Annabelle avant de lui demander des explications. Son récit était entrecoupé de sanglots et en devenait incompréhensible. Apparemment elle avait reçu énormément de remarques désobligeantes ce qui me donnait envie de devenir violente avec certaines filles que je connaissais.

Grégoire est enfin sorti de la salle. Il a surpris le calin réconfortant que je faisais à Annabelle. Et tandis que ses groupies s'approchaient déjà de lui, il s'est approché d'Annabelle qui l'a regardé de ses yeux rouges et humides.

" J'adore ta nouvelle coiffure, lui a-t-il dit, c'est vraiment original cette couleur, ça te va bien, c'est tout à fait toi. Ca ressemble à ce que font les autres mais ça reste différent, voire totalement décalé.

- Ca te plaît ? a-t-elle demandé en me lachant

- bien sûr ! "

Il m'a souri, j'ai mimé un merci du bout des lèvres. Tout le monde regardait Annabelle bouche grande ouverte, les yeux brillants. Je crois que son cerveau s'est déconnecté de la réalité. En fin de compte, Grégoire n'est peut être pas aussi con que dans mon imagination.



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La Bonne Amie (suite6)  (La Bonne Amie) posté le mardi 10 juin 2008 13:14

Les jours étaient passés et tous s'étaient habitués à la nouvelle tête d'Annabelle, même moi. Ce jour-là, j'étais en permanence entre deux cours. Les professeurs étaient en grêve pour des suppressions de poste, encore ! On est déjà pratiquement quarante par classe et ILS suppriment encore des postes, bientôt on sera une centaine dans une classe de cinquante avec un prof pour tous nous maintenir... ça va être génial !

Bref, j'étais tranquillement en permanence, seule, à faire semblant de réviser ou à gribouiller sur une feuille blanche. Je m'ennuyais, je voulais rentrer mais l'heure d'après j'avais cours de langue... avec mon professeur préféré. Je ne pouvais pas rater ça !

Puis j'ai entendu la porte s'ouvrir, quelqu'un s'avançait lentement vers moi. Je n'ai pas relevé la tête, je connaissais bien cette démarche mais j'étais tout de même étonnée de le savoir ici. La chaise devant moi a bougé et l'intru s'est assis : c'était Thomas. J'ai soupiré et je me suis étalée sur la table. J'ai levé mes yeux vers lui, il m'a gratté la tête.

" T'es pas censé être ici toi ! lui ai-je fait remarquer

- Je sais, a-t-il répondu, mais tu sais j'étais célébre ici... J'ai fait les yeux doux à Claire et elle m'a laissé rentrer, elle m'a toujours adoré cette petite pionne.

- mouai... et t'as pas cours ?

- Non, et comme je sais que dans une heure t'es libre... Dans ma grande bonté, je me suis dit que je devais venir te tenir compagnie... ne suis je pas merveilleusement gentil ?

- Si, beaucoup trop"

J'ai levé les yeux au ciel. On s'est taquiné quelques minutes, un peu de la même manière que lorsque nous étions enfant. Notre chamaillerie allait bon enfant lorsqu'un Grégoire tout essouflé est arrivé. Il s'est approché et m'a dit bonjour en reprenant péniblement son souffle.

" j't'ai cherché partout, a-t-il précisé, on a pas cours après, il est pas là"

Et voilà, j'avais attendu une heure pour rien. j'ai remercié Grégoire de m'avoir prévenu, c'était bien aimable de sa part. Thomas était plutôt heureux d'entendre la nouvelle, il avait déjà rassemblé mes affaires. Grégoire était en train de jouer les modestes d'une voix presque inaudible pendant que Thomas, mes affaires dans les bras, me poussait hors de la salle avec violence. J'ai juste pu faire un signe de la main à Grégoire pour lui dire au revoir. Thomas a pris mon bras, m'a tiré vers l'extérieur, la porte s'est claquée et deux minutes plus tard, on était déjà arrivé dans le centre ville.

"On fait quoi maintenant ? ai-je demandé

- aucune idée !"

On était en plein milieu du centre ville. C'était un vieu centre-ville, la majorité des façades étaient classées patrimoines historiques. J'adorais m'y promener, le nez en l'air, je contemplais les bas-reliefs en dessous des fenêtres. Thomas me dirigeait, j'avais entiérement confiance en lui, je savais que je ne me heureterai pas à un passant ou une voiture. On s'est finalement arrêté devant une petite librairie où il avait travaillé durant l'été. C'était une vieille boutique de livres d'occasions, on y trouvait du neuf aussi de temps en temps. Quand Thomas y allait, il ressortait toujours avec trois ou quatres bouquins de science-fiction ou d'héroïc fantasy. Je n'ai jamais compris ce qu'il trouvait de captivant dans ce genre de romans.

Nous sommes entrés dans la boutique, une petite cloche a sonné et un homme est sorti de nul part. C'était surprenant. Il avait de la poussière dans ses longs cheveux noirs qui tombait sur ses épaules. Il nous a regardé de ses yeux gris cernés à travers sa paire de lunettes posée sur le bout de son nez. Sa chemise blanche était chiffoné et appremment trop grande pour lui, son pantalon noir était orné de toiles de poussières. Il aurait une plume dans les cheveux, ça n'aurait pas été étonnant, j'avais l'impression de le déranger en plein travail.

Thomas s'est avancé et lui a serré la main. Il m'a présenté au mystérieux libraire, Etienne. De près, on voyait qu'il était jeune, l'âge de Thomas pratiquement. Il tenait encore deux livres dans les mains.

" désolé, je faisais un peu de rangement ! "

Sur son bureau, un vieux carnet était ouvert, j'ai voulu regarder mais il s'est empressé de tout prendre et mettre dans un tiroir. Je suis partie fouiller les rayons, je voletais d'étalage en étalage. J'adorais cette odeur de vieux livre qui s'échappait de tous ses rayons, ses feuilles jaunies qui donnaient l'âge aux livres. Et puis je suis arrivée devant une vitrine, une plume y était exposé, elle était d'un blanc éclatant, de l'encre noir était posé à côtè. Je voyais à travers la vitre Thomas et Etienne en train de discuter. J'ai imaginé Thomas avec la plume... ça collait pas vraiment.. En revanche, son ami. Je me suis mise à pouffer discrétement. Et puis j'ai remarqué qu'Etienne paraissait contrarié, il a pesté et s'est éloigné. Thomas a sans doute dû le vexer. Ils m'ont regardé tous les deux. J'ai demandé si quelque chose n'allait pas mais je n'ai jamais eu de réponses. On est ressorti de la boutique peu après, Thomas avait fini par s'acheter trois livres.

Vers midi, Thomas a décrété que je devais manger avec lui. Nous sommes allés chez le traiteur chinois pas très loin du centre ville, c'est pas cher et on y mange bien alors autant profiter. J'ai pris des nems, des nouilles sautées et un coca pendant que Môssieur se mettait d'accord avec lui-même sur le nombre de beinets de crevettes et de porcs. On s'est installé à une table à l'écart des autres. On a commencé à manger, en temps normal la nourriture est bonne mais le fait de ne pas payer , je la trouvais meilleure encore que d'habitude. Thomas, lui, picorait dans son assiette.

" T'as pas faim ? ai-je demandé les yeux brillants

- pas vraiment... vas y prends mon assiette "

Il m'a tendu son assiette que j'ai prise avec gourmandise. J'ai recommencé à manger pendant qu'il m'observait.

" Ma soeur débarque ce week end, m'a-t-il annoncé, elle dort à la maison, j'ai pensé que ça te ferait plaisir de la voir alors si tu veux tu peux venir dormir aussi. Enfin, c'est vraiment si tu veux.

- Et comment que je veux, ai-je répondu enthousiaste, ça fait tellement longtemps que j'ai pas vu Isabelle ! C'est génial ! Mais comment ça se fait qu'elle vient ? C'est pas encore les vacances pourtant... Elle vit pas chez ton père"

Thomas a grogné.

" Richard se fait opérer, il ne veut pas la laisser seul donc elle vient vivre avec nous quelques temps.

- pourquoi tu appelles toujours ton père par son prénom ? ai je demandé

- parce qu'il n'est plus mon père depuis un moment..."

Thomas a empilé les assiettes, il s'est levé et les a amenées au comptoir. Il a repris son manteau, nous sommes sortis du restaurant sur une dernière courbette de la serveuse.

...




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La Bonne Amie (suite7)  (La Bonne Amie) posté le lundi 30 juin 2008 15:37

 

Depuis que le petit playboy de ces dames avait pris la défense d'Annabelle, son prestige avait encore augmenté. Il était LE prince charmant à l'état pur, le seul, l'unique. Annabelle passait son temps à vanter ses mérites ce qui avait tendance à m'agacer plus qu'autre chose. Je ne connais rien de pire qu'une fille amoureuse; elle vous bassine les oreilles avec l'amour de sa vie, parce qu'évidemment elle en est sûre, elle va se marier, avoir des enfants, une maison avec une petite haie blanche et un chien nommé Tobi et, en apothéose, ils mourront ensembles. Elle vous énumére ses qualités, même s'il n'en posséde aucune. Il est systématiquement beau, viril et exceptionnel, si original par rapport aux autres, il sort tellement du lot que vous ne pouvez même pas le différencier de ses amis, il a le QI d'une poule et est aussi viril que vous... Mais vous ne pouvez pas comprendre ! La chose la plus insupportable reste tout de même l'interprétation de ses moindres gestes, car évidemment la demoiselle en est sûre, chacun d'eux est une preuve de leur amour. "Regarde il se cure le nez, je suis sûre qu'il pense à moi ! "... C'est beau l'amour... Une fille amoureuse c'est la huitiéme plaie d'Egypte, et j'étais en train de la vivre.

Elle me noyait de Grégoire, et quand elle n'en parlait pas c'est parce que Môssieur était à portée de vue. Dans ce cas-là, elle le fixait, la bouche ouverte, les yeux grands ouverts, les joues rouges, bref... un air plus que ridicule. Elle se cachait derrière moi pour qu'il ne puisse pas la voir. Je dois avouer qu'au départ je trouvais son attitude très amusante mais au bout d'une centaine de fois, j'avais envie de la pousser sur lui pour que cette histoire soit réglée une fois pour toute, ce n'était pas les occasions qui manquaient en plus. Je ne sais comment, il se retrouvait toujours à passer près de nous, et Annabelle se cachait dans mon dos, rapetissait à vue d'oeil. J'avais envie de la gifler, pourquoi n'allait-elle pas le voir ? Et puis, elle s'est enfin décidé à le contacter, ce que je trouvais génial, sauf qu'elle voulait passer par moi, ce qui était déjà moins plaisant. Elle m'a supplié des heures entières pour que je récupére une stupide adresse internet, histoire qu'elle discute avec lui et blablabla et blablabla. J'ai tout de même fini par céder peu avant le cours d'anglais.

Malheureusement pour elle, avant que je ne rejoigne son cher et tendre, j'ai reçu un appel étrange de Thomas. Officiellement il m'appelait pour me rappeler qu'il venait me chercher samedi et que je devais dormir chez lui mais sa voix était chevrotante, faible et contrairement à d'habitude il n'articulait absolument pas.

" Thomas, ça va pas ? t'as une voix bizarre.

- si, si, ça va, la pêche, m'a-t-il dit sans joie

- T'es sûr ? Tu veux que je passe après les cours ? tu veux parler ?

- non, non t'inquiéte pas ! passe pas ça ira !"

Il a raccroché avant même que je puisse lui redire quoi que ce soit. Ni une ni deux, j'ai pris mes affaires et j'ai quitté le lycée, tant pis pour les cours, tant pis pour l'adresse de grégoire et tant pis pour Annabelle. Thomas avait réellement besoin de moi, je le sentais. Si Thomas souffrait, je souffrais. C'était mon grand-frère spirituel, mon frère de coeur.

J'ai pris les transports en commun et en à peine quarante minute j'étais devant les portes de son université. Elle était découpée en plusieurs parties : un pôle scientifique, une aile littéraire, artistique... Chacun y avait sa place. Ce que j'ai toujours trouvé séduisant dans cet endroit c'est le mélange des élèves, ils avaient tous l'air très différents et pourtant ils se mélangeaient les uns les autres. Ca avait l'air si libre, chacun pouvait s'afficher comme il  voulait, se montrer tel qu'il était, ça me changeait du lycée où on se catalogue par genre : d'un côtè les "fashion" qui prennent de haut les rappeurs, qui eux méprisent les skatteurs qui détestent les personnes habillés "classiques", qui ont la trouille des gothiques, qu'on repère facilement comme les babacools... Bref, un catalogue de gens qui ne se mélangent pas ou très rarement dans des cas particuliers... des conneries ! Moi, j'ai toujours adopté le look rien-à-foutre, en gros vous vous levez le matin la tête dans le paté, vous prenez au hasard ce que vous avez dans votre armoire et voilà ! Vous achetez vos vêtements juste par coup de coeur et non pas parce que c'est super tendance d'être comme ça et voilà ! Evidemment ça a ses inconvénients, parfois on me jette des cailloux en me traitant de clocharde, mais bon ça prouve juste que certains sont réllement cons et rien d'autre. J'enviais donc ce mélange de tous les genres en me remémorant les propos de Thomas qui m'avait dit de ne jamais accorder trop d'importance à ces impressions, qu'on était tous humains et qu'à fonder trop d'espoir je finirais par être déçue de trop de choses. Mais je n'y pouvais rien, ce que je ne peux atteindre m'attire et quand je parviens à l'avoir, je me rends compte que c'est pareil que ce que j'avais avant mais en plus grand. Je suis comme ça c'est ma nature. Et lorsque ça arrive, il faut me ramasser à la petite cuillère.

Je contemplais l'architecture des bâtiments lorsqu'une voix moqueuse et des gloussements m'ont sortie de mes pensées. J'ai tourné la tête vers la provenance de ses bruits irritants pour me retrouver nez à nez avec la nouvelle ex de mon meilleur ami.

" Tiens, mais c'est le petit chienchien de Thomas, m'a-t-elle lancé avec mépris, une main posée sur sa hanche, toujours fidèle à son maître.

- fidèle... au moins tu connais le mot, il ne te reste plus que le sens maintenant...

- très drôle ! Thomas serait-il venu pleurer dans tes jupettes petite fille ? Enfin, tu perds ton temps à venir ici..."

Elle est passée devant moi sans ciller suivie de ses amies, je l'ai regardée, exaspérée, en lui montrant bien qu'elle me faisait pitié plus qu'autre chose. Je l'ai suivi du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse complétement de mon champ de vision.

Soudain, j'ai senti quelque chose de lourd s'abattre sur mon épaule, mon coeur a accéléré, j'ai laissé s'échapper un hoquet de surprise. Etienne s'est posé devant moi, me demandant s'il m'avait fait peur avec un petit ton inquiet. J'ai ri en lui précisant que ce n'était rien, j'étais juste surprise. Il m'a demandé ce que je faisais là, je lui ai donc expliqué que j'attendais Thomas alors il m'a proposé de venir dans le hall, s'installer autour d'une des tables et d'attendre ensemble si je n'avais rien contre sa compagnie. J'ai évidemment accepté, quitte à attendre, je préfére le faire accompagnée par quelqu'un qui semble intéressant. On a avancé jusque la grande porte en verre du hall en passant par les petits chemins de cailloux blancs. On est entré, la salle était immense, quelques groupes s'étaient déjà installés sur deux, trois tables, mais il en restait encore une petite dizaine de libres. On s'est assis autour de la table la plus éloignée, on s'était un peu isolé dans un coin, mais cela nous permettait de voir toutes les sorties de l'université , ce qui m'empécherait de rater Thomas. Etienne a posé son sac en cuir, rapiécé, sur la table. Il y avait chez ce garçon quelque chose de fascinant dans son allure, il avait l'air tellement anachronique, il m'aurait parlé de sa vie à l'époque de napoléon, je n'aurais pas été choquée. Je le fixais apparemment car il m'a demandé s'il avait quelque chose sur son nez. Un silence s'est imposé, on cherchait tous les deux à le briser sans parvenir à trouver un sujet adéquat jusqu'à ce que je parle de la librairie.

" Elle appartient à mon oncle, m'a-t-il expliqué, j'y travaille de temps en temps, enfin tout le temps en fait, j'adore être entouré de livres. Il ne vend que des vieux livres, que des vieils éditions, je trouve ça intéressant de pouvoir les feuilleter comme ça, a-t-il continué avec des étoiles dans les yeux, je dois paraître un peu fou mais j'adore me retrouver dans ce magasin avec l'odeur de tous ces vieux bouquins, ces pages jaunis.

- Non, je comprends assez, j'adore ça aussi... Ca me rassure, je me sens moins seule, jusqu'à présent j'avais l'impression d'être bizarre quand j'évoquais cette passion, si je peux appeler ça comme ça."

Il a ri, nous avons discuté littérature pendant un moment, où plutôt il parlait et je l'écoutais. Il était en lettres modernes, il s'y connaissait en écrivains et en bons romans, je prenais des notes sur ce qui était susceptible de m'intéresser. On sentait qu'il se sentait très concerné par ce qu'il racontait, il était passioné. Je lui ai raconté ma vision de lui en écrivain à la bibliothéque avec cette fameuse plume blanche, il a rougi et s'est dit flatté, ensuite il a joué au modeste en me racontant qu'il était incapable d'écrire quoi que ce soit. Nous arrivions à un point très intéressant de notre conversation quand Thomas est arrivé. Rapidement, j'ai été déçue de le voir apparaître mais très vite je me suis rappelée pourquoi j'étais venue. Je lui ai fait de grands signes, il a froncé les sourcils en me voyant.

" Je t'avais dit que ça servait à rien de venir me voir après tes cours ! C'était pas pour te voir maintenant ! a-t-il grondé

- Eh oh! Tu commences pas à m'engueuler ! ai-je répondu un peu trop agressivement peut être, c'est de ta faute si je suis là !

- ma faute ? Comment ça ma faute ? Je t'ai jamais dit de venir ! Je vois pas en quoi ce serait ma faute , t'inverse les rôles là !

- hein ? Et c'est qui, qui m'a appelé comme un malheureux ? Je me suis inquiétée moi après ! "

J'étais juste en face de Thomas, il m'a prise dans ses bras et a embrassé mon front.Notre petite dispute de vieux couple venait de finir. Il m'a gratté la tête et a salué Etienne. J'ai récupéré mes affaires et j'ai dit au revoir au jeune étudiant qui s'est levé pour me faire la bise. Thomas m'a pris le poignet et m'a emmenée hors de l'université, jusqu'à un petit café au détour d'un carrefour.

 

...

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La Bonne Amie (suite8)  (La Bonne Amie) posté le mardi 22 juillet 2008 14:03

 

J'ai été m'asseoir dans le fond de la salle, à une petite table carrée blanche, j'ai poussé la chaise en plastique noire et j'ai posé mon manteau sur le dossier. Thomas est arrivé en tenant un plateau gris foncé avec deux tasses dessus et deux croissants. Il a posé le plateau avec délicatesse ce qui n'a pas empéché au chocolat chaud de déborder et de former une petite fleur sur la serviette en papier. On était assis l'un en face de l'autre, chacun avait sa tasse et son croissant, je trempais le mien dans mon chocolat tandis qu'il mangeait le sien sans faire un seul bruit.

" ça fait du bien de manger ! me suis-je exclamée

- en même temps il est 16h00...

- merde, j'ai raté le cours de littérature, ai-je repris peinée

- A qui la faute ? a-t-il demandé en ricanant

- A toi bien sûr !

- Tu m'énerves, m'a-t-il dit en souriant, t'aurais vraiment pas dû venir."

J'ai serré sa main très fort dans les miennes, il paraissait tellement fragile pour une fois. Lui qui me protégeait de tout,me montrait maintenant ses faiblesses. Je me suis levée et je l'ai pris dans mes bras. Je lui ai demandé si ça avait rapport avec sa récente rupture, il ne m'a pas répondu. Je lui ai relevé la tête pour le regarder droit dans les yeux.

" Tu sais que quoi qu'il se passe tu peux venir me voir, me parler. Tu gardes tout pour toi, c'est mauvais , moi je m'inquiéte après... Tu parles jamais de rien, c'est agaçant."

Il a collé sa tête sur mon ventre, je lui ai carressé les cheveux. Tout le monde nous regardait mais on s'en fichait pas mal. J'ai tout de même fini par m'asseoir sur ses genoux pour prendre moins de place dans les rangées entre les tables. Il a posé sa tête sur mon épaule et touillé la cuillère dans son café.

" tu ferais mieux de rejoindre ton siège tout le monde nous regarde, a-t-il chuchoté

- on s'en fout des gens ! ai-je répondu

- allez ! "

Je suis donc retournée sur mon siège, en face de lui. Il teait toujours ma main. On est resté là, à boire nos tasses respectives, dans le silence le plus complet. Il a tout de même fini par ouvrir la bouche mais pas pour me dire ce qui n'allait pas.

" Alors comme ça, tu draguais Etienne ? "

J'ai expulsé le chocolat dans un bruit incongru, par chance pour le guignol en face de moi, je n'avais pas grand chose dans la bouche donc le peu qui est tombé s'est retrouvé sur la table. Il m'a regardé avec deux grands yeux surpris, puis s'est mis à frotter la table par pur réflexe pendant que je toussais et que je tentais de retrouver une respiration lente et régulière.

" tu peux répéter ? ai-je enfin su articuler

- Je demandais si tu dragais Etienne, il est célibataire tu sais, a-t-il répondu en finissant d'éponger le chocolat

- non je savais pas... Mais attends, je le draguais pas d'abord, on discutait !

- et je suppose que le sourire idiot , les yeux remplis d'admiration et humides ainsi que les joues rouges sont dûs à la discussion ?

- exactement ! "

J'étais génée de savoir que j'avais pu être ainsi avec le bel écrivain, le pire étant que je ne m'en étais même pas rendu compte. D'un autre côtè, je rougissais souvent quand je discutais de quelque chose qui me plaisait réellement, sans doute dû à l'excitation de participer à la conversation, en plus, je venais de l'extérieur alors le changement de température devait sans doute jouer sur la couleur de mon visage, c'est normal dans ce cas de rougir , non ?

Voyant que j'étais perdu dans mes excuses, Thomas a entamé une biographie de son ami Etienne. 21 ans depuis peu, il vivait seul dans un petit studio payé par ses parents le temps de ses études, il venait d'une petite ville à 1h de route d'ici. Il bossait chez son oncle pour arrondir un peu ses fins de mois. Thomas a continué de me parler de lui, et a entamé le passage sur sa vie sentimentale, apparemment il était seul depuis un an et demi, on racontait qu'il ne s'était jamais remis de sa dernière rupture.

" Enfin quand j'ai voulu en savoir plus auprès de lui, je me suis heurté à un mur, m'a-t-il expliquée.

- mais comment tu sais tout ça ?

- j'ai travaillé avec lui déjà, et puis... on parle beaucoup entre nous."



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La Bonne Amie (suite9)  (La Bonne Amie) posté le lundi 22 septembre 2008 17:35

Il était un peu plus de 22heure, j'étais assise sur mon lit, emmitouflée dans mon gros pyjama bleu, je fixais mes pantoufles à pompon, mon portable collé à l'oreille, écoutant les jérémiades d'Annabelle.

Après notre longue conversation au café, Thomas m'avait accompagnée chez moi et ma mère en profita pour l'inviter à manger. Il était reparti chez lui vers 20h30. Mon portable était resté tout ce temps au fin fond de mon sac et ce n'est que lorsque je suis retournée dans ma chambre que j'ai vu que j'avais reçu une dizaine de sms et pratiquement autant d'appel de la part d'Annabelle. Je n'avais pas trop envie de lui téléphoner, je voulais me mettre au lit, lire un peu, rêver aussi, mais une petite voix à l'intérieur de moi m'a poussée à la rappeler... erreur fatale ! Cela faisait pratiquement plus d'une heure que j'avais le combiné accroché à l'oreille, il était si bien accroché qu'il aurait pu tenir seul, et je n'avais toujours pas pu placer ne serait-ce qu'un seul mot. Annabelle m'accablait de toutes ses peines, elle me reprochait de ne pas avoir tenu mes engagements, ce qui était vrai dans un sens, et elle accompagnait le tout de phrase sans queue ni tête sur les valeurs de l'amitié. A la fin de ce long monologue, j'ai enfin pu lui expliquer pourquoi j'avais fui le lycée. Je lui ai donc parlé de Thomas et de son moral qui n'était pas formidable, la seule chose qu'elle m'a dite a été :

" De toute façon tu ne vis que pour lui. T'as pas une véritable amie pour moi ! "

J'étais sidérée. Elle m'en voulait pour une toute petite chose insignifiante que je pouvais accomplir dans la semaine, à n'importe quel momet de la journée. De rage j'ai raccroché en plein milieu de sa phrase. Et afin qu'elle ne me rappelle plus, j'ai éteint mon téléphone que j'ai ensuite claqué dans le tiroir de ma table de nuit. J'ai quitté ma chambre, mes pieds dans les chaussons à pompon, et je suis descendue dans le salon. Ma soeur était affalée dans la banquette à enregistrer la bouche ouverte les images clignotantes que lui offrait la télévision. Je suis allée dans la cuisine, j'ai ouvert le congélateur et j'ai récupéré l'énorme pot de glace à la vanille. Je me suis assise en attrapant une cuillère par la même occasion, et j'ai mangé. La glace fondait délicatement dans ma bouche, le froid qui glissait dans le fond de ma gorge réchauffait mon petit coeur meurtri. Je croyais qu'elle me connaissait mieux que ça quand même.

Je suis retournée dans ma chambre après avoir tout rangé, en passant dans le salon j'ai maugréé un bonne nuit à ma soeur qui ne m'a même pas répondu trop absorbé par les débilités de la télévision.

Le lendamain, Annabelle et moi nous ne nous sommes même pas dit bonjour, nous ne nous sommes même pas regardées, ni même parlées. .. Rien ! J'estimais que je n'avais rien à me reprocher et que ce n'était donc pas à moi d'aller la voir, ni à moi de m'excuser.

J'avais donc passé ma matinée seule à attendre midi pendant qu'elle s'était trouvé de nouvelles amies dans notre charmante classe. Celles qui s'étaient bien moqué de sa coupe de cheveux, celles qui jugeaient au regard, qui s'abreuvaient de futilité, qui en devenaient extrémement superficielles, futiles et sans intérêt. Celles que je m'étais juré de ne jamais devenir.

A midi, je suis sortie, Thomas m'attendait en souriant devant la porte. Toutes les gazelles le regardaient avec envie et admiration, et bien sûr, Monsieur en jouait, variant les poses qui le mettaient bien en valeur. J'allais sortir le rejoindre lorsqu'on m'a agrippé l'épaule, et que j'ai été happée en arrière. Sous la surprise, j'ai poussé un petit cri ridicule, ce qui a fait rire Victor et m'a permis de l'identifier. Grégoire m'a saluée et a ouvert son sac pour me tendre ensuite deux feuilles qu'il avait rangé dans une pochette.

" C'est le cours d'anglais que tu as raté hier, je l'ai regardé encore plus surprise, c'est pas moi qui ai pris les notes, s'est-il empressé d'ajouter, c'est le prof, je fais que te les donner.

- eh bien merci ! Ah ! Au fait, tant que t'es là autant le faire tout de suite, ai je ajouté, Annabelle voudrait ton numé...

- Je sais , m'a-t-il coupé, elle est venue hier me demander, elle t'a rien dit ? a-t-il demandé les joues rouges

- dit quoi ?

- rien, c'est pas grave... Salut !"

Je l'ai regardé s'éloigner avec Victor, j'étais encore plus en colère envers Annabelle, pourquoi me faire une scéne si elle avait déjà ce qu'elle voulait. Enfin, en regardant Thomas joué le Sex symbol devant les pisseuses du lycée, j'ai très vite chassé tout ça de ma tête. J'ai courru vers lui, j'ai fait semblant de tomber dans ses bras mais évidemment je me suis rattrapée à la dernière minute ce qui lui a arraché un petit ricanement.

Tous les regards étaient tournés vers nous, je voyais certaines filles de ma classe chuchotaient dans les oreilles des unes et des autres et j'en étais très fière. Je pavanais accrochée au bras de mon meilleur ami qui me conduisait doucement en bon cavalier qu'il était. Une fois loin du lycée, il m'a laché et m'a lancé en riant :

" Alors heureuse ? t'as fait ton petit effet ? t'es contente ?

- Ouai ! ai je répondu avec un sourire carnacier

- Ca sert d'avoir un beau gosse comme ami !"

Je lui ai donné une tape sur l'épaule en lui demandant si ses chevilles n'enflaient pas. On venait d'arriver à l'arrêt de bus, nous nous sommes assis. J'ai posé ma tête sur son épaule, j'ai soupiré et j'ai fermé les yeux.

" T'endors pas ! " a conseillé Thomas en secouant son épaule. J'ai maugréé un léger t'inquiéte pas mais j'ai gardé les yeux fermés jusqu'à l'arrivée du bus.

...

 

 

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