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La Bonne Amie (suite6)  (La Bonne Amie) posté le mardi 10 juin 2008 13:14

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Les jours étaient passés et tous s'étaient habitués à la nouvelle tête d'Annabelle, même moi. Ce jour-là, j'étais en permanence entre deux cours. Les professeurs étaient en grêve pour des suppressions de poste, encore ! On est déjà pratiquement quarante par classe et ILS suppriment encore des postes, bientôt on sera une centaine dans une classe de cinquante avec un prof pour tous nous maintenir... ça va être génial !

Bref, j'étais tranquillement en permanence, seule, à faire semblant de réviser ou à gribouiller sur une feuille blanche. Je m'ennuyais, je voulais rentrer mais l'heure d'après j'avais cours de langue... avec mon professeur préféré. Je ne pouvais pas rater ça !

Puis j'ai entendu la porte s'ouvrir, quelqu'un s'avançait lentement vers moi. Je n'ai pas relevé la tête, je connaissais bien cette démarche mais j'étais tout de même étonnée de le savoir ici. La chaise devant moi a bougé et l'intru s'est assis : c'était Thomas. J'ai soupiré et je me suis étalée sur la table. J'ai levé mes yeux vers lui, il m'a gratté la tête.

" T'es pas censé être ici toi ! lui ai-je fait remarquer

- Je sais, a-t-il répondu, mais tu sais j'étais célébre ici... J'ai fait les yeux doux à Claire et elle m'a laissé rentrer, elle m'a toujours adoré cette petite pionne.

- mouai... et t'as pas cours ?

- Non, et comme je sais que dans une heure t'es libre... Dans ma grande bonté, je me suis dit que je devais venir te tenir compagnie... ne suis je pas merveilleusement gentil ?

- Si, beaucoup trop"

J'ai levé les yeux au ciel. On s'est taquiné quelques minutes, un peu de la même manière que lorsque nous étions enfant. Notre chamaillerie allait bon enfant lorsqu'un Grégoire tout essouflé est arrivé. Il s'est approché et m'a dit bonjour en reprenant péniblement son souffle.

" j't'ai cherché partout, a-t-il précisé, on a pas cours après, il est pas là"

Et voilà, j'avais attendu une heure pour rien. j'ai remercié Grégoire de m'avoir prévenu, c'était bien aimable de sa part. Thomas était plutôt heureux d'entendre la nouvelle, il avait déjà rassemblé mes affaires. Grégoire était en train de jouer les modestes d'une voix presque inaudible pendant que Thomas, mes affaires dans les bras, me poussait hors de la salle avec violence. J'ai juste pu faire un signe de la main à Grégoire pour lui dire au revoir. Thomas a pris mon bras, m'a tiré vers l'extérieur, la porte s'est claquée et deux minutes plus tard, on était déjà arrivé dans le centre ville.

"On fait quoi maintenant ? ai-je demandé

- aucune idée !"

On était en plein milieu du centre ville. C'était un vieu centre-ville, la majorité des façades étaient classées patrimoines historiques. J'adorais m'y promener, le nez en l'air, je contemplais les bas-reliefs en dessous des fenêtres. Thomas me dirigeait, j'avais entiérement confiance en lui, je savais que je ne me heureterai pas à un passant ou une voiture. On s'est finalement arrêté devant une petite librairie où il avait travaillé durant l'été. C'était une vieille boutique de livres d'occasions, on y trouvait du neuf aussi de temps en temps. Quand Thomas y allait, il ressortait toujours avec trois ou quatres bouquins de science-fiction ou d'héroïc fantasy. Je n'ai jamais compris ce qu'il trouvait de captivant dans ce genre de romans.

Nous sommes entrés dans la boutique, une petite cloche a sonné et un homme est sorti de nul part. C'était surprenant. Il avait de la poussière dans ses longs cheveux noirs qui tombait sur ses épaules. Il nous a regardé de ses yeux gris cernés à travers sa paire de lunettes posée sur le bout de son nez. Sa chemise blanche était chiffoné et appremment trop grande pour lui, son pantalon noir était orné de toiles de poussières. Il aurait une plume dans les cheveux, ça n'aurait pas été étonnant, j'avais l'impression de le déranger en plein travail.

Thomas s'est avancé et lui a serré la main. Il m'a présenté au mystérieux libraire, Etienne. De près, on voyait qu'il était jeune, l'âge de Thomas pratiquement. Il tenait encore deux livres dans les mains.

" désolé, je faisais un peu de rangement ! "

Sur son bureau, un vieux carnet était ouvert, j'ai voulu regarder mais il s'est empressé de tout prendre et mettre dans un tiroir. Je suis partie fouiller les rayons, je voletais d'étalage en étalage. J'adorais cette odeur de vieux livre qui s'échappait de tous ses rayons, ses feuilles jaunies qui donnaient l'âge aux livres. Et puis je suis arrivée devant une vitrine, une plume y était exposé, elle était d'un blanc éclatant, de l'encre noir était posé à côtè. Je voyais à travers la vitre Thomas et Etienne en train de discuter. J'ai imaginé Thomas avec la plume... ça collait pas vraiment.. En revanche, son ami. Je me suis mise à pouffer discrétement. Et puis j'ai remarqué qu'Etienne paraissait contrarié, il a pesté et s'est éloigné. Thomas a sans doute dû le vexer. Ils m'ont regardé tous les deux. J'ai demandé si quelque chose n'allait pas mais je n'ai jamais eu de réponses. On est ressorti de la boutique peu après, Thomas avait fini par s'acheter trois livres.

Vers midi, Thomas a décrété que je devais manger avec lui. Nous sommes allés chez le traiteur chinois pas très loin du centre ville, c'est pas cher et on y mange bien alors autant profiter. J'ai pris des nems, des nouilles sautées et un coca pendant que Môssieur se mettait d'accord avec lui-même sur le nombre de beinets de crevettes et de porcs. On s'est installé à une table à l'écart des autres. On a commencé à manger, en temps normal la nourriture est bonne mais le fait de ne pas payer , je la trouvais meilleure encore que d'habitude. Thomas, lui, picorait dans son assiette.

" T'as pas faim ? ai-je demandé les yeux brillants

- pas vraiment... vas y prends mon assiette "

Il m'a tendu son assiette que j'ai prise avec gourmandise. J'ai recommencé à manger pendant qu'il m'observait.

" Ma soeur débarque ce week end, m'a-t-il annoncé, elle dort à la maison, j'ai pensé que ça te ferait plaisir de la voir alors si tu veux tu peux venir dormir aussi. Enfin, c'est vraiment si tu veux.

- Et comment que je veux, ai-je répondu enthousiaste, ça fait tellement longtemps que j'ai pas vu Isabelle ! C'est génial ! Mais comment ça se fait qu'elle vient ? C'est pas encore les vacances pourtant... Elle vit pas chez ton père"

Thomas a grogné.

" Richard se fait opérer, il ne veut pas la laisser seul donc elle vient vivre avec nous quelques temps.

- pourquoi tu appelles toujours ton père par son prénom ? ai je demandé

- parce qu'il n'est plus mon père depuis un moment..."

Thomas a empilé les assiettes, il s'est levé et les a amenées au comptoir. Il a repris son manteau, nous sommes sortis du restaurant sur une dernière courbette de la serveuse.

...




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